autobiographie·non fiction·Ownvoices

No Black’s Land – Catherine Casiez

51IUVf0zEiL._SX338_BO1,204,203,200_

  • Auteur.rice : Catherine Casiez
  • Éditeur : Les Editions Sydney Laurent 
  • Genre : non fiction, autobiographie
  • Date de sortie : 25/01/19
  • Nombre de page : 206 pages

[Représentation & Diversité : pp métisse, noir]

TW(Trigger Warning – Avertissement) : racisme, Harcèlement, tentative de suicide, emploie du NWORD) 


À des kilomètres à la ronde, j’étais la seule. C’est par cette phrase que commence mon récit qui n’a rien d’imaginaire. Car j’étais la seule enfant métisse élevée dans un village de Blancs. Ce qui me faisait dire : « Partout où je vais, il n’y a jamais personne qui me ressemble. Les gens ne peuvent pas savoir ce que ça fait. Et ça fait drôle ! » Souvent dans les émissions à la télé, j’entendais : « C’est les plus beaux gosses les métis ! » J’avais donc tout pour être heureuse et le caractère exceptionnel de ma situation aurait pu rendre mon existence originale et peu banale. Ce fut un enfer. Très tôt je découvre la cruauté des enfants et de certains adultes qui me rejettent. Dès l’entrée au CP puis du collège au lycée, je subis le harcèlement scolaire, suivi plus tard du harcèlement au travail. On suit mon parcours de ma naissance à l’âge adulte, au fil de l’évolution de la société, des années 60 à l’ère d’Obama.


2_20210113_232933_0001.png

Je ne sais pas par ou commencer cette chronique tant ce livre m’a bouleversé. Et quand je vous dis bouleverser, je ne parle pas d’un livre lambda à qui je pourrais attribuer le terme de  » coup de cœur » ! Je ne veux même pas utiliser le terme poignant. Ce livre est au dessus de ça, ce livre est la réalité. Voici comment commence ce livre :

À des kilomètres à la ronde, j’étais la seule. Car j’étais la seule enfant métisse élevée dans un village de Blancs. 

Je pense que si vous êtes noirs, voir même racisé, juste cette première phrase vous annonce la couleur. Je m’y préparais déjà, pourtant, je n’aurais jamais cru qu’un boule d’angoisse, de tristesse et de colère se serait logé dans ma gorge, dans ma poitrine, dans ma tête tout au long de ce récit. Je dois vous avouer que je n’ai jamais vécu ce type de racisme, en effet, habitant sur une ile avec essentiellement des noirs, ce genre de chose n’arrive pas, toutefois, si on suit la définition exacte du racisme (a savoir que c’est premièrement la société qui alimente cette condition avec d’un côté des dominants, quelques soit leurs nombres et des dominés, alors, il y en à ici, mais nous n’allons pas rentrer dans ce débat)

Le livre se passe dans les années 60, ça annonce déjà la couleur, nous découvrons donc la vie de l’autrice, qui se nomme Aurore dans le récit. La mère d’Aurore est blanche et elle tombe sous le charme d’un homme noir, plus précisément, un martiniquais, lors de ses études, les deux vivent une idylle plutôt courte et elle tome enceinte. Elle décidé après réflexion de garder le bébé et de ne pas prévenir le père. Retenez bien cette phrase car elle est  » importante  » pour la suite du récit. Aurore n’était même pas déjà née que sa mère a fait une grosse erreur. Je ne parle pas que du fait de retirer au père le droit de savoir qu’il avait un enfant, c’est bien plus grave que ça.

Aurore naît quelques temps après et sa mère décide de retourner dans son village, un village au cinquante nuance de blanc. Ses parents sont sous le choc au début mais accepte très vite cette petite nouvelle locataire et en prennent soin… Enfin, du mieux qu’ils peuvent. Déjà toute petit, tout bébé, Aurore fait parler d’elle dans le village. Pourquoi ? Et bien pardi, sa peau ne fait point partie d’une quelque conque nuance de blanc ou d’ivoire ! La peau d’Aurore est brune. Aurore est métisse. Ses cheveux ne sont pas raide, ils sont bouclés. Le calvaire commence – à peine, mais ils commencent déjà. Il commence avec les chuchotement, les regards inquisiteurs et les jugements.

Aurore, 3 ans, commence l’école maternelle et LA ! Là, mon cœur est sorti de ma poitrine. J’ai précisé tout en haut qu’il y avait des TW. Aurore se fait harceler, Aurore se fait rejeter, Aurore durant toute cette année scolaire (et bien longtemps après ça) se fait traiter de négresse, de noiroufs, de sale noire). Les enfants tirent ses cheveux, les enfants parfois essayent de la déshabiller pour voir si elle leur  » ressemble en dessous « . Plus j’avançais de le récit, malgré le fait que je sais qu’en tant que noir, nous vivons ce genre de chose, c’est comme si j’étais à la place d’Aurore. Que moi aussi je me faisais frapper, cracher dessus et insulter de noms les plus horribles les uns que les autres. Ce n’était pas seulement à l’école que la petite vivait ça. C’était aussi dans son voisinage ou les gens qui la rencontrait avait peine à croire qu’elle était bien la fille de sa mère, qu’il l’a regardait comme si elle était une bête de foire, un monstre, bien moins que le plus piteux des chiens, c’était aussi le personnel de l’école qui non seulement voyait mais participait (Cf : quand elle était en primaire et au collège) 

Je suppose que les autres élèves, quand ils se lèvent le matin, ne pensent jamais qu’ils sont blancs, ils ne se posent pas la question, ils n’en auraient même pas l’idée, ça va de soi, c’est normal pour eux. 

A blancvillage, Aurore était la seule noir. En maternelle, au primaire, au collège et au lycée, Aurore était la seule noire. Plus les années passent, plus les choses s’aggravent. Les traumatismes ne disparaissent pas, au contraire, ils sont sans cesse alimenter, de jour en jour. Aurore n’est pas désiré, Aurore n’est qu’un monstre et nous, nous lecteurs, surtout quand on peut la « comprendre », on est pris dans une spirale de colère et de haine face à cette… Je ne dirais même pas injustice, ce mot est si faible.

Aurore à un moment, en a assez de sa vie, tous les jours elle y pense… Et si je disparaissais… 

C’était ça la vie d’Aurore et de bien d’autre noir. D’ailleurs, parlons en ! Aurore n’est pas noire. Aurore est MÉTISSE et il n’y a rien de mal à ça. Elle est les deux. Mais on peut discuter de ça des heures quand on sait que socialement, les métisses sont vus comme noir car ils vivent la négritude. Ils ne se sentent jamais inclus chez les deux, trop noir pour les blancs et trop blanc pour les noirs ce qui déclenche une sérieuse crise d’identité. Car si sa mère lui répétait qu’elle était métisse, pour les autres, pour tout le monde, Aurore n’était qu’une sale noire. Alors au fil du récit, on voit qu’elle met de côté pendant un bon moment ce statut de métisse car socialement, après tout ce qu’elle vit, elle ne l’est pas.

Je suis peut-être métisse mais j’ai vite compris que ça voulait dire noire. Parce que les autres ne font pas la différence. D’ailleurs, il y a bien longtemps que je ne me sens plus métisse, je suis noire parce que les autres l’ont décidé. Oh moi, je m’en fiche de ma couleur, je n’ai pas honte d’être noire mais je suis triste d’être détesté pour ça. 

J’aimerais aussi rebondir sur la mère d’Aurore. Je ne sais pas si je dois dire que je la déteste, que je lui en veut mais pendant tous le récit, elle ne saura JAMAIS ce que sa vie en dure. Elle ne lui posera JAMAIS la question. Pourtant, on voit bien qu’elle « souffre » de ce que les gens disent, chuchotent, mais uniquement comme si ce n’était tourné que vers elle. Aurore souffre pendant des années mais non seulement ses proches (mère et grand-parents) ne cherchent pas à VRAIMENT comprendre pourquoi à un moment son comportement change, qu’elle ne mange plus, mais en plus, Aurore se force à sourire devant eux car elle ne veut pas voir sa mère et sa grand-mère « triste » de voir que les voisins la regardent mal, comme si ce n’était que Ça qu’elle vivait. J’étais révolté en même temps qu’Aurore. 

Plus elle minimise ce qu’il m’arrive, plus mon désarroi grandit. Cette incompréhension, ce manque d’empathie, ne font que renforcer mon sentiment de culpabilité. C’est la double peine

Plus le temps passait et plus Aurore voulait renouer avec son père, se disant qu’elle lui ressemblait bien plus et qu’elle ne souffrirais plus car aller avec lui, c’est aller dans un endroit remplis de gens comme elle, eux. Mais sa mère ne voulait pas, elle voulait qu’Aurore reste avec elle et pour cela, elle en voudra à sa mère. Et moi aussi. 

Quant aux jeunes filles qui se trouvent là, elles me font réaliser amèrement que je n’ai jamais eu d’amies noires parce que je n’en ai jamais rencontrées, que j’ai surement des cousines, peut-être mêmes des demi-sœurs quelque part, et à ce moment précis, j’en veux beaucoup à ma mère de m’avoir coupée de mes racines. 

Aurore grandit, et son environnement change mais c’est comme si on passait de la peste au choléra,  cette fois-ci, elle fait face à la fétichisation, elle est le genre de fille avec qui les garçons veulent fréquenter mais pas épouser. Elle vit deux fois le plus le racisme car désormais, on la prend pour une arabe. Elle découvre qu’elle n’est pas la seule (donc qu’il n’y a pas que les personnes métisse et noire) à subir ça. Dans le récit aussi, on constate qu’elle a du grandir (comme nous tous) avec un manque de représentation et quand elle découvrait quelqu’un à qui s’identifier, elle s’y accrochait très fort. 

A la fois en manque et à la recherche de repères, je finis par emprunter ceux qui ne m’appartiennent pas et je prends tout ce qui vient, m’identifiant ainsi à une gitane de passage ou à une hawaïenne aperçue deux secondes au générique d’Hawaï Police d’état » 

Aurore n’a tellement pas de repère que quand elle rencontre deux enfants au cours de sa scolarité qui vivent le harcèlement  (une petite fille qui est qualifié de moche et un garçon roux) elle s’y rapproche, elle s’y accroche sauf que, et ses camarades vont le lui rappeler, ils ont beau être « moche, ils ont beau être roux, ils sont blancs. 

Puisque j’ai reçu ce livre en MP, j’ai eu l’opportunité de parler beaucoup avec l’autrice et ce qu’elle à écrit dans ce bouquin ne représente même pas tout ce qu’elle à vécu. L’année dernière, lors du mouvement BLM et de la mort de Geoge Flyod, on a vu beaucoup de gens réagit sur les RS, en soutien mais j’ai aussi constaté que des personnes, qui par exemple ont eu un  » coup de cœur pour THE HATE U GIVE  » ne se sont pas du tout exprimé. Ça m’a fait réfléchir et j’ai compris que pour beaucoup, les événements de THUG ne se passe que là-bas, ne se passe qu’ailleurs, que ce n’est que de la  » fiction  » mais c’est faux. C’est réel. Là-bas mais aussi ICI. Chez  » nous « . Chez nous ou la France à un passé (et un PRÉSENT) extrêmement long en ce qui concerne les personnes noires. Mon île, et toutes les autres, en sont la preuve. THUG, ça se passe ici. Aurore n’était pas la seule, elle n’était ni la première, ni la dernière.

En France, j’ai constaté que certains sont les champions quand il faut fermer les yeux ou bien pointer du doigt ce qu’il se passe aux Etats-Unis comme si ça n’existait pas ici. Comme si on ne subissait pas le racisme, les discriminations, les violences policières… 

L’autrice m’a raconté comment elle a eu du mal à se faire publier, les remarques qu’elle à reçu de certaines ME. Elle voulait juste raconter son histoire, histoire qui mérite d’être lu car c’est une réalité bien trop méconnu de bon nombre de personne. Parce que tout ce qu’elle à vécu n’est qu’une broutille pour beaucoup, beaucoup qui ne vivront jamais cela.  

J’aimerais aussi rajouter que malgré la gravité du récit, l’autrice rajoute sa petite touche personnelle avec une touche d’humour, à coup de jeu de mots qui m’ont surpris. J’ai apprécié sa plume une fois que ma crise de larmes est passé et que j’ai refermé le livre. Cette lecture a été dur, je ne vous le cache pas, mais ce sont des choses qui doivent être dite, lu, exposé ! 

Aurore était la seule noire dans un village de blanc et c’était « NOTRE » histoire. 

Et le pire, c’est lorsque tu as le malheur de te plaindre de subir le racisme, on ne te croit pas. Ce sont pourtant pas les exemples qui manquent. Encore aujourd’hui. 

 

Toutefois, au fil des années Aurore devient plus forte et prend conscience de sa valeur

Marcu Gravey, leader noir jamaïcain et père du panafricanisme disait : Un peuple qui ne connait pas son passé, ses origines et sa culture ressemble à un arbre sans racine

Et on peut se dire que c’est exactement ce que les colons faisait, déraciné tout un peuple, le couper de sa culture, ses racines.

J’ai ainsi compris pourquoi les autres avaient pu, un temps, faire de moi une victime. Ne rien savoir d’une partie de mon identité me fragilisait et je reste persuadée que si mon père avait été présent ou absent mais que je sache ou le trouver; aurait changé la donne…. J’ai vaincu mes démons qui ne sont plus que des ombres fugitives qui parfois reviennent me hanter avant de disparaitre aussitôt. 


3_20210113_232933_0002.png

  • Globale :  10/ 10  
  • Scénario :  10/ 10  
  • Ecriture : 10/10 
  • Suspense :  / 10 
  • Originalité : / 10 
  • Additivité : / 10  
  • Pédagogie : 10/ 10 
  • Créativité : / 10 
  • Personnages : / 10 
  • Humour : /10 

PS : Ce livre traitant d’un sujet sérieux, j’ai pris la décision de ne pas remplir les cases comme : addictivité, suspense etc. 

(Je m’appuie sur le système de notation de Booknode*) 

  • 1 = mauvais
  • 2 = mauvais
  • 3 = Sant intérêt
  • 4 = Bof
  • 5 = Moyen
  • 6 = Satisfaisant
  • 7 = Bon
  • 8 = Très bon
  • 9 = Excellent
  • 10 = Superbe

signature

Un commentaire sur “No Black’s Land – Catherine Casiez

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s